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Archives - Dossier du mois

Créer son entreprise avant 30 ans

Monter son entreprise tout juste diplômé : voilà quel serait le souhait de près d'un étudiant sur quatre. Mais par temps de crise, est-ce bien raisonnable de vouloir monter sa boite ? Où trouver des fonds ? Comment bien se faire conseiller ? Dans quel type de business se lancer ? Les conseils de nos experts et les témoignages de ceux qui ont osé franchir le pas.

Créer son entreprise avant 30 ans : la crise, frein ou moteur pour les jeunes entrepreneurs ?

Trouver la bonne idée, décrocher un financement, monter un business plan en béton... Créer une entreprise est un projet de longue haleine qui suppose une motivation à toute épreuve. En période de crise, est-ce bien raisonnable ? Nos réponses.

"Crise ou pas crise, un bon projet de création d'entreprise trouvera toujours son financement." Par les temps qui courent, cette affirmation de Philipe Hayat, président de l'association 100 000 entrepreneurs, pourrait presque passer pour une provocation... Ainsi, alors que beaucoup de responsables d'entreprise, petite ou grande, se plaignent de la frilosité des banques, il serait encore possible de financer son projet, même quand on est jeune ? "Bien sûr, renchérit Aïni Hannachi, de l'APCE (Agence pour la création d'entreprise). Il faut résister à la tentation de tout diaboliser sous prétexte que 'c'est la crise'. La santé de l'économie ne doit pas être considérée comme un frein à la création d'entreprise ; tout dépend du secteur dans lequel on souhaite se lancer. Ainsi, on peut imaginer que le low-cost, par exemple, a de beaux jours devant lui."

Des sous !

Pour créer une entreprise, il faut des sous. Mais la mise de fonds minimale est souvent moins élevée que ce que s'imaginent les aspirants entrepreneurs. "Les jeunes créateurs ont rarement besoin de gros financements, témoigne Aïni Hannachi. Pour se lancer, 8 000 € suffisent souvent." Un montant que la plupart des banques seraient prêtes à financer, même en ces temps de crise, "à condition évidemment que le projet soit bon !" souligne Philippe Hayat.

Autre solution pour assurer son financement : se trouver un parrain, entrepreneur ou non, disposant de ressources financières suffisantes pour financer votre projet. Philippe Hayat explique : "Plusieurs dispositifs dédiés à la création d'entreprise sont là pour soutenir les projets des entrepreneurs : ainsi la loi TEPA, qui permet aux contribuables les plus fortunés de bénéficier de réduction d'impôts s'ils investissent dans les entreprises, a contribué à mettre sur le marché de la création d'entreprise plus de 500 millions d'euros." Où trouver ces généreux parrains ? Les pépinières d'entreprise, les réseaux d'aides aux entrepreneurs, mais aussi tous les salons dédiés à la création d'entreprise sont de bons endroits à fréquenter pour "réseauter", se faire connaître et présenter son projet, tout en augmentant ses chances de rencontrer son "mécène".

Se faire plaisir avant tout

On l'aura compris, le contexte économique difficile ne peut donc pas servir d'excuse aux jeunes qui hésiteraient à se lancer dans la création de leur affaire. Mais attention à ne pas tomber dans l'excès inverse, comme le souligne Aïni Hannachi : "Il ne faudrait pas en arriver à ce que les étudiants pensent que la création d'entreprise n'est qu'un refuge pour créer son poste par temps de crise. Il faut être plus ambitieux, voir plus loin, plus grand." D'après la consultante de l'APCE, un entrepreneur qui réussit est celui qui s'est inscrit, dès les prémices de son projet, dans une logique de croissance. Les jeunes entrepreneurs ne doivent donc pas se contenter de créer leur propre emploi, mais intégrer l'idée qu'un jour, il leur faudra se développer, conquérir de nouveaux marchés et, donc, embaucher... Un beau programme !

Créer son entreprise avant 30 ans : ce que vous devez savoir

Toutes les questions à se poser avant de créer sa boîte... et les réponses de nos experts, Aïni Hannachi, responsable de l'OPPE (Observatoire des pratiques pédagogiques en entrepreneuriat) à l'APCE (Agence pour la création d'entreprise), et Philippe Hayat, entrepreneur depuis plus de 20 ans, président de l'association 100 000 entrepreneurs.
Tout juste diplômé ou après quelques années d'expérience : quand est-il préférable de monter son entreprise ?
Une première expérience professionnelle est certes un atout pour monter sa boîte, mais cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas le faire en sortant de l'école. Pour Aïni Hannachi, "si on a une bonne idée et que tout l'entourage personnel y croit, il faut se lancer, même si on est encore étudiant ou tout juste diplômé. Le plus important est de savoir chercher les informations utiles et être capable de trouver par qui on peut se faire aider. C'est à la portée de tous les étudiants." Pour Philippe Hayat, il n'y ni bon ni mauvais moment pour se lancer : "Plus exactement, il n'y a pas de moment idéal. Cela dépend de chacun : pour certains, ce sera dès la sortie des études ; pour d'autres, ce sera à l'aube de la retraite ! Plus que le bon moment, c'est le bon projet qui importe." A contrario, si l'envie de création est là mais pas l'idée précise d'entreprise, mieux vaut peut-être se constituer une première expérience en poste pour se donner le temps de mieux connaître un secteur d'activité... et de creuser ses premières pistes de réflexion.

Comment savoir si son idée est bonne ou pas ?
"C'est le marché qui dit si l'idée est viable ou pas ! tranche Aïni Hannachi. Il est donc difficile, avant de se lancer, de savoir si telle ou telle idée va marcher... Or les jeunes créateurs ont un peu trop tendance à se focaliser sur leur business plan [plan de financement, NDRL] et les aspects juridiques de la création de leur entreprise, au point d'en négliger le marché." Nos experts soulignent qu'un bon projet est un projet qui offre une réponse à une demande. D'où l'intérêt, avant de se lancer, de faire une étude de marché : il faut tester son idée auprès de sa cible potentielle, et avec encore plus de soin si on est inexpérimenté dans le secteur visé.

Quelles questions se poser avant de se lancer ?
Pour Philippe Hayat, "il est essentiel de prendre le temps de se demander au préalable quelle vie on souhaite mener." Il faut voir l'entrepreneuriat comme un choix de vie, et pas comme un choix de métier. Il faut être prêt à assurer cette indépendance, avec ses aspects positifs - on est libre -, et négatifs - quand ça ne marche pas, on ne gagne pas d'argent." "Une erreur courante des créateurs d'entreprise, jeunes ou moins jeunes, est de surestimer leurs capacités à assumer un projet de création d'entreprise, avec ses moments de doute et les difficultés qui se présenteront immanquablement à un moment ou un autre", relève encore le président de 100 000 entrepreneurs. D'où l'importance de prendre le temps de se questionner avant de se lancer. Demander l'avis de ses proches, et de ses profs, peut aussi être instructif.

Par quoi faut-il commencer ?
D'abord, confronter son projet à son entourage. "Les parents, les amis, mais aussi les professeurs peuvent apporter un regard critique très enrichissant", souligne Aïni Hannachi. Ensuite, il faut faire le benchmark (étude des performances) de toutes les offres similaires présentes sur le marché. "L'objectif de cette étude est de déterminer combien des clients potentiels seraient prêts à payer le service qu'on souhaite offrir, mais aussi d'évaluer la concurrence, explique Aïni Hannachi. À ce propos, il faut garder à l'esprit que s'il n'y a pas de concurrence, c'est peut-être parce que l'idée est mauvaise... ou qu'il n'y a pas de marché !" Philippe Hayat ajoute qu'une bonne étude de marché suppose de rencontrer au moins une vingtaine de clients, fournisseurs et concurrents potentiels. "Faire une étude de marché en ne consultant que quatre ou cinq personnes, fussent-elles expertes, est insuffisant."
Cette étape franchie, il faut aller présenter son projet dans les réseaux d'accompagnement des jeunes créateurs d'entreprise, qui sont de plus en plus nombreux aujourd'hui.

Où se renseigner et se faire aider ?
L'APCE est un bon point de départ de tout créateur d'entreprise : sur son site, elle offre un ensemble d'outils destinés à conseiller et à orienter les créateurs d'entreprise. Autre incontournable, les antennes régionales de France Initiative, qui proposent des services gratuits : prêts d'honneur, accompagnement, parrainage. On peut aussi citer le réseau Entreprendre, le réseau des Boutiques de gestion, le réseau Entente des générations pour l'emploi et l'entreprise (EGEE).

Quelles sont les erreurs à éviter ?
D'après Philippe Hayat, deux grandes erreurs menacent les jeunes créateurs d'entreprise. La première : disperser le capital de l'entreprise. "Pour encourager d'éventuels investisseurs, il est courant de distribuer le capital de son entreprise, mais c'est une mauvaise idée, car quand l'entreprise aura grandi, il sera plus difficile de le reprendre", explique-t-il.
Seconde erreur : se lancer sans avoir un minimum de connaissances dans les domaines juridique et comptable. Maîtriser les rudiments du fonctionnement d'une trésorerie et les grands principes du droit des affaires est indispensable. Ceux qui n'ont pas eu la chance de recevoir une telle initiation au cours de leur formation (de plus en plus d'écoles de commerce, notamment, proposent des cours de sensibilisation à la création d'entreprise) peuvent se tourner vers les réseaux d'accompagnement à la création d'entreprise pour se renseigner sur les possibilités de se former gratuitement ou à moindre coût.

Qu'est-ce qu'on risque si ça ne marche pas ?
On perd l'argent qu'on a investi. C'est le seul risque d'après Philippe Hayat : "Une expérience de création d'entreprise, même si elle se solde par une cessation d'activité, est toujours très riche et donc facile à valoriser vis-à-vis d'un éventuel employeur. Les responsables de PME [petite et moyenne entreprise, NDLR] notamment, sont de plus en plus intéressés par les profils de jeunes entrepreneurs."

Source : L'Etudiant
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