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La rénovation du Bac Pro : interview de Xavier Darcos, ministre de l'Education Nationale

Le ministre de l'Education Xavier Darcos souhaite que le Bac Pro puisse se préparer en trois ans au lieu de quatre. Il répond à nos questions à ce sujet.

Monsieur le Ministre, vous avez engagé une rénovation de l'enseignement professionnel, pourquoi ?
« J'ai effectivement souhaité, quelques mois après mon entrée en fonction, engager une rénovation en profondeur de la voie professionnelle.
Je voudrais, avant de répondre précisément à votre question, rappeler que l'enseignement professionnel scolarise aujourd'hui plus de 700 000 jeunes dans 1700 lycées professionnels publics ou privés sous contrat de notre pays.
C'est donc un lycéen sur trois qui prépare aujourd'hui dans nos établissements scolaires un CAP, un BEP ou un baccalauréat professionnel. A ce chiffre important, il faut d'ailleurs ajouter plus de 400 000 apprentis. Depuis 1985, date à laquelle les baccalauréats professionnels ont été créés, aucune réflexion de fond n'est venue moderniser l'enseignement professionnel. Or, je n'oublie pas que cet enseignement doit permettre aux élèves d'apprendre un métier et de s'insérer le mieux possible dans le monde du travail.

C'est pourquoi la réforme que j'ai entreprise a pour principal objectif d'élever de façon significative le niveau de qualification, de répondre ainsi aux attentes des entreprises et favoriser l'insertion. Savez-vous par exemple que seulement 43% des titulaires d'un BEP ont un emploi sept mois après leur sortie du système éducatif ? Savez vous également qu'il n'y a guère plus d'un jeune sur trois entré dans la voie professionnelle qui poursuit ses études jusqu'à la dernière année de baccalauréat professionnel.
Cette situation ne saurait perdurer et il convient donc de donner au baccalauréat professionnel la même attractivité, la même dignité, que le bac général ou le bac technologique. »

En quoi consiste cette rénovation ?
« Le coeur de la rénovation est la création d'un cycle unique de référence en trois ans pour l'obtention du Baccalauréat professionnel. En effet, on demande aujourd'hui à un jeune qui s'engage dans l'enseignement professionnel de préparer successivement un BEP en deux ans puis un baccalauréat professionnel en deux ans également. Cette situation entraîne une désarticulation de la voie professionnelle. Il se traduit par des sorties prématurées en cours de cursus principalement dues à la durée d'étude. On a longtemps fait croire aux jeunes qu'ils pourraient s'insérer facilement avec seulement un diplôme de niveau V (CAP ou BEP) mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Si des exceptions demeurent, par exemple dans les métiers du bâtiment, en règle générale, plus le niveau de qualification est élevé, plus les chances de trouver rapidement un emploi dans le domaine pour lequel on a été formé augmentent.
J'ajoute qu'il est aujourd'hui très compliqué de s'y retrouver dans les diplômes de l'enseignement professionnel qui propose 450 formations différentes, et notamment des CAP et des BEP qui sont tous deux des diplômes de niveau V !
Je souhaite donc que la rénovation de la voie professionnelle permette de clarifier tout cela tout en favorisant l'insertion des jeunes. »

Vous ne craignez pas, au contraire, que cette réforme empêche les jeunes d'accéder aux plus hauts niveaux de qualification ?
« Cessons avec ce discours déterministe qui laisse entendre que certains jeunes seraient destinés à décrocher le baccalauréat et d'autres non. Certains ont effectivement plus d'aptitudes pour l'enseignement académique et pour les études longues et d'autres pour un enseignement plus pratique, dans lequel l'apprentissage d'un métier est l'enjeu essentiel, mais tous doivent pouvoir sortir de l'école avec une qualification ou un diplôme qui leur permette de s'insérer dans le monde du travail ou de poursuivre leurs études. Une grande majorité des lycéens sera capable d'obtenir son bac pro en trois ans, d'autant plus que les deux cycles successifs de BEP et de Bac pro sont aujourd'hui redondants sur de nombreux points.
Ceci étant, je souhaite que cette rénovation soit aussi l'occasion de repenser l'organisation pédagogique de nos lycées professionnels, où il faut à la fois davantage de souplesse et d'accompagnement individuel.
C'est pourquoi des passerelles plus systématiques seront introduites. Elles permettront aux jeunes de commencer à préparer un CAP, puis de poursuive leurs études jusqu'au bac pro. En outre, des modules de soutien seront systématiquement proposés afin de respecter les rythmes d'apprentissage et de progression de chacun. »

Source : Studyrama
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